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N°177 (avril 2022)
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Autriche .Les négociations salariales de l’automne 2021, entre offensive syndicale et affaiblissement de la coordination entre branches

Kevin GUILLAS-CAVAN

Après deux décennies où la très forte coordination des négociations annuelles sur les salaires au niveau des branches avait organisé la déflation salariale, le « cycle d’automne » de l’année 2021 marque une rupture rendue possible par un mouvement contradictoire dans les deux secteurs de référence. Dans la métallurgie, la forte combativité syndicale permet d’arracher d’importantes hausses de salaire qui ont un effet d’entraînement. À l’inverse, dans les services, c’est la rupture du rôle dirigeant que joue traditionnellement le secteur du commerce qui permet à plusieurs branches d’obtenir des hausses supérieures à l’inflation.

Mots clés : Autriche, négociation de branche, « cycle d’automne », salaire, inflation, métallurgie, commerce.

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La vigueur des négociations collectives de branche sur les salaires qui ont lieu chaque année à l’automne a étonné tous les observateurs, y compris l’Arbeiterkammer (AK, Chambre des travailleurs) elle-même. Quoiqu’elle ne participe pas à la négociation des accords de branche, qui est un monopole syndical, l’AK est traditionnellement le lieu où s’élaborent, sinon les revendications, du moins les argumentaires syndicaux. Or, cette année, l’AK n’a publié aucune étude sur la question des salaires. De même, la question du niveau général des salaires n’est pratiquement jamais évoquée dans ses différentes prises de position publiques [1].

Pour l’année 2021, la hausse des salaires atteint 3 %, tous secteurs confondus, soit plus que l’inflation, estimée quant à elle à 2,8 % par la Banque nationale d’Autriche. Cette hausse des salaires peut sembler mesurée ; elle est cependant notable car, pour la première fois depuis 20 ans, elle est supérieure à l’inflation, de sorte que 2021 marque, malgré la crise persistante liée à la pandémie de Covid19, une rupture notable avec un système de négociation salariale austéritaire.

Cette rupture est d’autant plus nette que la hausse des salaires dans la branche du commerce [2] qui, jusqu’ici, faisait figure d’exception en étant supérieure à l’inflation, est cette année particulièrement faible (2,55 %). Une partie des branches à dominante employée qui, d’ordinaire, prennent celle-ci comme référence, ne l’ont pas fait cette année, ce qui pourrait remettre en cause la très forte coordination des négociations salariales autrichiennes. Quoiqu’affaiblie de longue date, celle-ci se maintenait (Pernicka et al., 2021), mais selon des modalités organisant la déflation salariale dans la plupart des secteurs (Pernicka, Hefler, 2015).

Cet article présente tout d’abord le fonctionnement des négociations salariales autrichiennes qui ont lieu uniquement au niveau des branches mais de manière coordonnée, ou, plus précisément, séquencée. Il revient ensuite sur le contexte actuel, marqué par une très forte reprise économique engendrant des tensions sur l’emploi et une très forte incertitude sur le niveau d’inflation. Ces deux éléments ont contribué à modifier le rapport de forces en faveur des syndicats, mais aussi à raidir leurs positions. Enfin, il présente les évolutions salariales dans les deux grandes branches, traditionnellement prises pour référence lors des négociations sectorielles, et analyse les conséquences de leur divergence : l’offensive syndicale dans la métallurgie, marquée par une vague de grèves, la première depuis 2012, a permis de réaffirmer à la fois le rôle dirigeant de cette branche, mais aussi son unité qui était remise en cause par le patronat. En revanche, la faiblesse syndicale dans la branche du commerce a conduit certaines branches qui la prenaient jusqu’ici comme référence à l’ignorer, comme celle du transport. Si cela a permis d’importants gains salariaux, cette stratégie fait courir le risque d’un affaiblissement de la solidarité syndicale interbranches.

Un système de négociation salariale hautement coordonné, mais une déflation salariale continue

Dans la typologie de l’OCDE (OCDE, 2019:86), l’Autriche est caractérisée comme un « système de négociations collectives décentralisé organisé et coordonné » [3]. Il est décentralisé au sens où la négociation d’entreprise dispose de larges marges de manœuvre, mais organisé car elles sont encadrées par les conventions de branche, qui sont elles-mêmes fortement coordonnées entre elles. Les branches négocient de manière autonome sur le plan formel, au sens où les accords nationaux interprofessionnels sont rares (Generalkollektivvertrag ou contrat collectif général dans la terminologie autrichienne) [4] ; en pratique, les fédérations syndicales et patronales de branche se coordonnent entre elles et reconnaissent un rôle dirigeant à la métallurgie puis, dans une moindre mesure, au commerce pour les branches de services à dominante employée.

Régulation des salaires par la branche : un système prédominant mais menacé

Quoique la négociation d’accords d’entreprise soit possible, la régulation des conditions d’emploi se fait presque exclusivement au niveau de la branche, ce qui distingue l’Autriche de l’Allemagne comme de la France (graphique 1). Les accords d’entreprise y sont très rares et soumis au principe de faveur par rapport aux normes conventionnelles de branche. Dans la pratique, ils demeurent en outre largement limités aux cas de crise. Ce n’est que dans ces cas que les conventions de branche peuvent permettre aux accords d’entreprise de déroger de manière temporaire aux accords de branche et d’être moins avantageux (OECD, 2019:56-57).

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Les négociations des différentes branches sont cadencées, de sorte que traditionnellement, celles du secteur privé s’alignent sur les négociations de l’industrie manufacturière, et notamment de la métallurgie, qui est à la fois la branche où les gains de productivité sont les plus élevés et la plus exportatrice mais aussi la plus exposée à la concurrence internationale. Si les négociations commençaient dans d’autres secteurs plus protégés, de fortes hausses ayant des effets inflationnistes conduiraient la métallurgie à demander des hausses au moins égales, mais qui pourraient être supérieures aux gains de productivité et donc menacer la compétitivité des entreprises de la branche (Pernicka et al., 2021). Cette coordination assure de longue date que l’ensemble des salaires progresse de manière relativement similaire en Autriche (voir infra).

Contrairement à l’Allemagne où le taux de couverture conventionnelle a fortement chuté [5], il est en Autriche proche de 100 % du fait de l’obligation pour l’ensemble des entreprises d’adhérer à la Wirtschaftskammer Österreich (WKÖ, Chambre économique autrichienne) [6]. Celle-ci constitue le vis-à-vis patronal de l’AK, à la différence qu’elle négocie et signe les accords à la place de l’Industriellenvereinigung (IV, Association industrielle). Cette organisation patronale à adhésion volontaire n’est pas considérée comme représentative car regroupant essentiellement le patronat des grandes entreprises. Dans le système autrichien, l’AK et la WKÖ peuvent se voir reconnaître un droit à la négociation en l’absence d’association à adhésion volontaire indépendante de la partie adverse. Si les négociations se faisaient entre organisations à adhésion volontaire, Österreichischer Gewerkschaftsbund (ÖGB, Confédération autrichienne des syndicats) et IV, le taux de couverture chuterait d’un coup (Guillas-Cavan, 2017). Le Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ, Parti de la liberté d’Autriche), le parti d’extrême-droite, en a fait un de ses objectifs affichés (encadré 1).

Remise en cause de la « communauté de négociation » et déflation salariale

Ce modèle de coordination s’est mis en place progressivement et stabilisé au cours des années 1970-1980. Il n’en est pas moins remis en cause depuis une quinzaine d’années, par certains gouvernements d’abord, par une partie du patronat ensuite, mais aussi, de plus en plus, par une partie des fédérations syndicales.

Traditionnellement, les négociations salariales ont lieu à l’automne et commencent par la métallurgie. Le montant des augmentations négocié dans la branche sert alors de plafond pour les négociations des autres branches. Latent jusqu’alors, le rôle dirigeant de la métallurgie (Lohnführerschaft) s’est entièrement imposé dans les années 1980, quand le système de négociation collective dans son ensemble s’est mis à viser une politique de modération salariale et de soutien aux exportations (Traxler, 2001).

L’acceptation par les autres branches du rôle dirigeant de la métallurgie qui a un effet modérateur sur leurs évolutions salariales tient aussi au partage extrêmement genré de l’emploi en Autriche. Les branches à dominante employée, à commencer par celle du commerce, sont très majoritairement féminines et le salaire des femmes, très souvent à temps partiel, demeure conçu comme un revenu d’appoint au salaire masculin. Nourrie d’une vision conservatrice du couple, associant un homme ouvrier à plein temps à une femme travaillant à temps partiel dans les services une fois que les enfants sont en âge d’aller à l’école, cette coordination austéritaire a en outre contribué à accroître les écarts de salaires entre femmes et hommes (Adam, 2019), qui sont désormais parmi les plus hauts d’Europe (19,9 % pour le salaire horaire moyen contre 14,1 % en moyenne dans l’Union européenne et 16,5 % en France, selon Eurostat).

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Dans les années 1970 et jusqu’aux années 1990, le pourcentage d’augmentation suit la « formule de Benya », du nom du président de la confédération syndicale ÖGB dans les années 1960 et 1970 (Mesch, 2015). Version autrichienne du compromis fordiste, elle prévoit que l’augmentation des salaires doive être égale à la somme de l’inflation et des gains de productivité. En acceptant d’appliquer cette formule, l’ÖGB renonce à toute augmentation de la part des salaires dans la valeur ajoutée par la voie conventionnelle et limite ses exigences quand le rapport de forces syndical ou lié au marché du travail pourrait lui permettre d’exiger des augmentations plus importantes. Dans les années 1970, cette formule s’applique à l’ensemble des branches. Dans les années 1980, elle est réduite à la métallurgie sur laquelle les autres branches s’alignent quels que soient leurs gains de productivité propres.

Dans la métallurgie, la négociation regroupe autour de la table une multitude d’acteurs institutionnels (Pernicka et al., 2021). Du côté syndical, la négociation est menée conjointement par le Gewerkschaft der Privatangestellten (GPA, syndicat des employés du secteur privé) et le Gewerkschaft der Metall- und Bergarbeiter (GMB, syndicat des ouvriers de la métallurgie et des mines), devenu le Produktionsgewerkschaft (PRO-GE, syndicat de l’industrie) à la suite de plusieurs fusions [7]. Du côté patronal, la négociation réunit six fédérations patronales au sein de la WKÖ : la fédération des industries métallurgiques non ferreuses (NE-Metalle), la fédération de l’industrie automobile, celle de la sidérurgie, celle des machines et des biens manufacturés métalliques, ainsi que la fédération des entreprises d’approvisionnement de gaz et de chaleur [8].

Cette « communauté de négociation » (Verhandlungsgemeinschaft) entre cependant en crise en 2001 quand les syndicats de l’industrie électrique et électronique quittent les négociations de la métallurgie dont ils faisaient partie au même titre que les six autres fédérations. Ces derniers, qui font aussi partie de PRO-GE pour les ouvriers et du GPA pour les employés, instaurent, avec la fédération patronale du secteur [9], un nouveau cycle de négociations : le cycle de printemps. De manière similaire au cycle d’automne, celui-ci est cadencé. C’est l’industrie électrique et électronique qui commence la négociation et en donne le ton. Elle fixe de facto le plafond des augmentations dans les autres branches qui s’engagent dans ce cycle (notamment le secteur bancaire et financier, le bâtiment, la chimie, le bois, le textile, le cuir, les imprimeries, l’hôtellerie-restauration, la logistique hors transports).

Dix ans plus tard, en 2011, la « communauté de négociation » s’effondre entièrement quand la plus importante fédération patronale, celle de l’industrie des machines et des biens manufacturés métalliques, devenue entretemps la fédération des industries des techniques métallurgiques (Fachverband der metalltechnischen Industrie, FMTI [10]) quitte la négociation. Désormais, les négociations ont lieu entre le syndicat des employés du secteur privé, GPA, et celui de l’industrie, PRO-GE, d’un côté et, de l’autre, les différentes fédérations patronales qui interviennent successivement, en commençant par la négociation avec la FMTI qui fixe le plafond pour les autres secteurs de la métallurgie.

Ce n’est que dans un second temps qu’un accord de branche, couvrant l’ensemble des secteurs de la métallurgie, est signé, mais celui-ci est de plus en plus fréquemment artificiel, reprenant largement l’accord le moins avantageux parmi l’ensemble des secteurs. L’accord commun qui sert alors de plafond pour les autres branches négociant à l’automne est le plancher des différents accords sectoriels au sein de la branche (Pernicka et al., 2021). Au sein des services, l’accord du commerce sert lui-même de référence (plafond) aux autres branches (schéma 1). Ainsi, quoique l’Autriche ait été en apparence relativement épargnée par la décentralisation de la régulation collective de l’emploi et des salaires qui s’effectue toujours à un niveau supérieur à l’entreprise, les branches se sont fragmentées de sorte que la part de l’emploi couvert par l’accord le plus avantageux s’est réduite.

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Une reprise économique plus forte qu’attendue qui relance les revendications salariales

La reprise en 2021 est particulièrement forte en Autriche, principalement tirée par l’industrie manufacturière et le commerce [11]. Dès la fin du premier semestre, le pays retrouve son niveau de production et d’emploi antérieur à la pandémie. L’ampleur de cette reprise réactive des tensions sur le marché du travail, latentes avant la pandémie. L’inflation liée à l’augmentation des prix de l’énergie et aux difficultés d’approvisionnement international s’est emballée à la fin de l’année, c’est-à-dire au beau milieu des négociations. L’incertitude sur les prévisions d’inflation au moment des négociations les a tendues. Cette conjoncture particulière peut expliquer l’inattendue vigueur des négociations salariales. Le différentiel de rapport de forces entre les branches de la métallurgie et du commerce peut en expliquer les résultats divergents : les tensions sur le marché du travail sont en effet beaucoup plus fortes dans la branche de la métallurgie que dans le commerce.

Tensions croissantes sur le marché du travail et remise en cause de la déflation salariale

Comme la plupart des pays de l’OCDE, l’Autriche connaît un ralentissement des évolutions salariales après la crise de 2007 (graphique 2), malgré une vive croissance économique, accentuant encore la déflation salariale. Même en séparant la période en deux pour distinguer celle de la crise des dettes souveraines européennes (2009-2012) et celle de la reprise (2013-2016), les évolutions salariales demeurent atones. Entre les deux sous-périodes, la progression des salaires croît de moins d’un demi-point de pourcentage (OCDE, 2019:33).

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La très forte reprise autrichienne fait ressurgir des tensions sur le marché du travail. À la fin de l’année 2021, le PIB augmente de 1,1 % par rapport à 2019. Cette reprise est principalement tirée par le commerce et l’industrie manufacturière. Cette dernière retrouve son niveau d’avant-crise dès juin 2021 (graphique 3) ; à la fin de l’année, elle dépasse son niveau de 2019 de 3,7 % et atteint un niveau record en termes d’exportations (Fritzer et al., 2021).

À l’inverse, la reprise est plus poussive dans l’hôtellerie-restauration. L’activité n’y atteint fin 2021 que 88,5 % de son niveau de 2019 [12]. En 2021, la reprise dans la branche est principalement affectée par les limitations imposées par l’Allemagne aux voyages d’agrément en Autriche en février et mars, mais aussi par le confinement des Länder de Vienne, de Basse-Autriche et dans le Burgenland en avril, ainsi que par les multiples tergiversations sur les règles en vigueur pour l’accès aux restaurants jusqu’à l’obligation vaccinale pour tous les adultes, sauf contrindication médicale, votée le 26 novembre 2021 et qui entre en vigueur le 5 février 2022. Dans un pays où le taux de vaccination stagne aux alentours de 50 % à partir de juillet 2021 [13], le durcissement progressif des règles sanitaires, sans entraîner une hausse du nombre de vacciné·es contrairement à ce qui s’est produit en France, pénalise fortement la consommation dans ce secteur.

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Les tensions sur le marché du travail liées à l’ampleur de la reprise transforment le rapport de forces et nourrissent les hausses de salaires que l’on a pu observer dans le cycle d’automne. Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) passe ainsi de 8,4 à 4,7 % entre janvier et décembre 2021 [14]. Selon le critère retenu par les partenaires sociaux pour définir un métier en tension (au moins 1,5 chômeur pour une place vacante), 66 métiers sont aujourd’hui dans cette situation sur l’ensemble du territoire fédéral, contre 45 en janvier 2021 et 21 en janvier 2019, auxquels s’ajoutent 60 autres métiers dans au moins un Land. Quasiment l’ensemble des 66 métiers en tension au niveau fédéral sont dans l’industrie ou dans le bâtiment et dans une moindre mesure dans le soin [15].

Les tensions sont particulièrement fortes chez les apprenti∙es, puisqu’il en manque près de 10 000 dans l’industrie [16] et 2 000 dans le commerce [17]. Quoique ce phénomène soit ancien et multifactoriel [18], il s’amplifie fortement au cours des deux dernières années, dans un mouvement qui ressemble à la Grande démission étasunienne. Entre 2019 et 2021, le nombre de candidates et candidats à l’apprentissage est divisé par deux [19]. Face à cet effondrement soudain, le gouvernement met en place en mars 2021 un « bonus apprenti∙es » (Lehrlingsbonus) de 165 euros pour 25 000 des 92 000 apprenti∙es que compte le pays, sans que cela n’enraye la baisse de candidatures à la rentrée de septembre.

Une estimation non consensuelle de l’inflation, source de conflictualité en 2021

De manière générale, les hausses de salaires en Autriche ont été inférieures à l’inflation ces dernières décennies, quelle que soit la mesure de l’inflation retenue (graphique 4). Les statistiques autrichiennes distinguent en effet trois modes de calcul de la hausse des prix, en référence à l’ensemble des biens (indice des prix à la consommation harmonisé) ou à des paniers plus restreints : le mini-panier, supposé représenter les achats hebdomadaires d’une famille type, et le micro-panier, censé représenter ses achats quotidiens. La mesure retenue [20] est au cœur des négociations annuelles qui fait l’objet d’un débat public toujours contradictoire mais qui, en 2021, vire au conflit et contribue à raidir les positions des organisations syndicales, du moins dans la métallurgie.

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En 2021, l’inflation est donc finalement estimée officiellement à 2,8 %, estimation qui a fait l’objet d’un débat particulièrement vif (Perner, 2022). En effet, au début des négociations, celle-ci est estimée à 1,9 % par l’Österreichisches Institut für Wirtschaftsforschung (WIFO, Institut autrichien pour la recherche économique), un centre de recherche indépendant qui fournit ordinairement les estimations qui servent de base de travail commune aux organisations syndicales et à la WKÖ [21]. De manière inhabituelle, les syndicats impliqués dans la négociation des accords de branche de la métallurgie réfutent l’estimation de 1,9 % établie par le WIFO, estimant que l’inflation serait d’au moins 3 %. Le WIFO critique fortement ce chiffre avant de remonter ses propres évaluations à 2,8 % alors que les négociations ont déjà commencé [22]. Dans le même temps, l’Institut für Höhere Studien (IHS, Institut des hautes études), un autre centre de recherche autonome dont les avis pèsent fortement dans les débats, remonte ses propres estimations à 2,3 % [23].

L’importance de la variation et l’ampleur de l’incertitude tendent les négociations salariales qui sont bousculées par l’emballement des prix. Dans le cadre du cycle d’automne (voir supra), les négociations s’ouvrent le 21 septembre 2021 avec la transmission par les organisations syndicales de leurs revendications pour l’ensemble de la branche de la métallurgie ; le 23 septembre, du fait du refus patronal désormais habituel de négocier un accord global, les organisations syndicales transmettent leurs revendications par secteur. Les négociations proprement dites commencent le 29 septembre dans le secteur des industries des techniques métallurgiques. À l’issue de cette première réunion débutent les négociations dans les autres secteurs qui ont lieu au cours de la première semaine d’octobre. Une fois le premier tour de négociations achevé dans l’ensemble des secteurs, le deuxième tour commence, dans le même ordre, jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé.

Cette année, il aura fallu cinq tours pour aboutir à des accords. Les négociations durent donc jusqu’à la mi-novembre, empoisonnées par cette question de la mesure de l’inflation. Or, à la fin du mois d’octobre, les nouveaux chiffres de l’inflation tombent, celle-ci atteint 4 %. Cette accélération inquiète les organisations syndicales, les amenant à durcir leurs positions et à refuser un compromis à mi-chemin entre leurs revendications et celle du patronat [24].

La divergence entre les branches de la métallurgie et du commerce

Alors que ces deux branches connaissent d’ordinaire des évolutions salariales très proches et supérieures à l’inflation, contrairement à la moyenne des autres branches, les hausses de salaires effectifs (Ist-Lohne) de la branche du commerce sont pour la première fois inférieures à la hausse des prix (graphique 5).

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Des augmentations salariales dans la métallurgie qui renforcent son rôle dirigeant et enrayent la fragmentation de la branche

Du fait des divergences d’appréciation de l’inflation mentionnées ci-dessus, les positions initiales des syndicats et du patronat sont très éloignées. Les organisations syndicales demandent 4,5 % d’augmentation générale, tandis que le patronat propose 2,2 % [25]. Le refus initial de ce dernier d’améliorer sa proposition conduit les organisations syndicales à durcir le ton.

Le 4 novembre, des grèves éclatent dans 50 entreprises de la branche à la suite des assemblées générales organisées par les conseils d’entreprise conformément à la décision prise lors de la réunion des présidents de conseil d’entreprise de la branche qui a eu lieu le 25 octobre 2021. Dès le 5 novembre, le nombre d’entreprises en grève s’élève déjà à 300 [26]. Les dernières grèves dans la branche remontaient à 2011 lorsque la communauté de négociation s’était effondrée : elles avaient pour objectif de contraindre les fédérations patronales des différents secteurs de la métallurgie à aboutir à des accords proches de la norme de la branche des industries des techniques métallurgiques et de maintenir ainsi de facto, un accord commun [27].

Le 7 novembre, les négociations aboutissent dans le secteur des industries des techniques métallurgiques. Dès le 8, un accord est atteint dans les autres secteurs, à l’exception du secteur des entreprises d’approvisionnement de gaz et de chaleur. Le patronat des quatre fédérations signataires (la fédération des industries métallurgiques non ferreuses, la fédération de l’industrie automobile, la fédération de la sidérurgie, et celle des machines et des biens manufacturés métalliques) accepte de s’aligner sur l’accord des industries des techniques métallurgiques, de sorte qu’à l’exception des entreprises d’approvisionnement de gaz et de chaleur, il existe en 2021 un accord de branche de la métallurgie en dépit de l’effondrement de la communauté de négociation, ce dont se félicitent les organisations syndicales [28]. De même, aucune différence n’est faite entre la catégorie des ouvriers et des ouvrières pour laquelle négocie PRO-GE et celle des employé·es représentée par le GPA.

Au final, l’accord de la métallurgie prévoit une augmentation générale de 3,55 % qui concerne les salaires effectifs, et pas simplement les salaires conventionnels (i. e. les minima pour les différents échelons de qualification, voir encadré 2) ; elles s’appliquent donc à l’ensemble de la rémunération des salarié∙es, primes récurrentes incluses (primes d’ancienneté, de nuit, de week-end, etc.). En ce qui concerne les grilles elles-mêmes, les augmentations des salaires conventionnels sont de 3 %, soit un pourcentage proche de celui proposé par le patronat. Dit autrement, les nouvelles embauches se feront à des salaires réels stables par rapport à l’inflation ; les fédérations syndicales se sont concentrées sur les salaires de ceux déjà embauchés, auxquels s’applique la hausse des salaires effectifs (encadré 2).

L’accord prévoit aussi une augmentation progressive des primes pour les horaires atypiques : à terme, les heures de travail effectuées de 14 à 22 heures bénéficient d’une prime représentant 100 % du salaire horaire (par étape jusqu’en novembre 2023) et celles effectuées de 22 heures à 6 heures du matin d’une prime de 58 % du salaire horaire (par étape jusqu’en novembre 2027). Le revenu pour les apprenti·es augmente quant à lui de manière encore plus importante, ce qui est essentiel pour le patronat vu l’importance du nombre de places non pourvues. Celui prévu la première année progresse ainsi de 6,74 %, de 4,27 % la deuxième année, de 5,61 % la troisième année et de 5,63 % pour la quatrième et dernière année d’apprentissage [29].

Des pertes de pouvoir d’achat dans le commerce : rupture et remise en cause de son rôle dirigeant pour les branches à dominante employée ?

Le GPA négocie seul dans la branche du commerce, qui constitue l’autre grande convention collective sectorielle en Autriche, couvrant 435 000 salarié·es contre 190 000 pour la métallurgie. Cette fédération a privilégié une autre répartition. L’accord négocié prévoit uniquement des hausses des rémunérations (salaires conventionnels et effectifs). Il ne contient aucune disposition nouvelle concernant les primes, mais prévoit une hausse du salaire minimum de la branche beaucoup plus forte que pour les autres échelons conventionnels.

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Originellement, le GPA revendique une hausse des salaires conventionnels de 3,55 %, c’est-à-dire une hausse identique à celle de la métallurgie. La fédération syndicale quitte elle aussi la table des négociations à l’issue de la troisième réunion face au refus du patronat d’accepter sa dernière revendication d’une augmentation générale de 2,8 %, estimant de son côté que la hausse de 2,55 % qu’il proposait était supérieure à l’inflation. Face à la menace de grèves, suivie de l’organisation d’assemblées générales dans plusieurs grandes entreprises de la branche [30], le patronat finit par concéder une hausse de 2,55 % des salaires effectifs et de 3,45 % du salaire minimum, ce qui, en moyenne, représente une hausse de 2,8 % puisqu’un tiers des salarié·es de la branche sont au salaire minimum [31].

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Contrairement à la métallurgie où l’ampleur des hausses de salaires négociées lui permet de continuer à jouer son rôle dirigeant, l’incapacité du GPA à obtenir un accord proche de ses revendications initiales conduit un certain nombre de branches à dominante employée à s’affranchir de la référence à l’accord du commerce, comme la branche des transports et ses 50 000 salarié·es. Cette année, les négociations dans la branche du transport se sont même achevées avant celles du commerce, signe que le caractère cadencé des négociations de branche a du plomb dans l’aile. Il y a maintenant quelques années que l’accord du commerce ne sert plus de plafond à l’accord du transport, comme le montre le graphique 6 où la rupture de 2016 est clairement marquée.

Pour 2022, l’accord de branche de 2021 prévoit une augmentation de 4,1 % des salaires conventionnels. Contrairement à son habitude, l’accord prévoit aussi des augmentations des salaires effectifs à hauteur de 4,96 %. D’ordinaire, l’accord du transport précise bien que seuls les salaires conventionnels sont concernés par les hausses et non les salaires effectifs [32]. Celui de 2021 rompt donc avec cet usage et avec la référence à l’accord du commerce, mais il présente aussi la particularité d’avoir une durée de validité de 3 ans, contrairement à l’ensemble des autres accords autrichiens [33]. Pour 2023 et 2024, l’accord prévoit ainsi une hausse des salaires d’un demi-point au-dessus de l’inflation. Ce passage d’un accord annuel à un accord triennal constitue un nouveau coin enfoncé dans la coordination du système autrichien et le principe de solidarité de branche. En effet, les accords conventionnels comprennent une « clause de paix » qui limite le droit de grève sur les sujets réglés par l’accord collectif, c’est-à-dire ici les salaires (Bunke, 2019).

Conclusion

L’année 2021 a été marquée par une offensive syndicale inattendue, nourrie par les craintes liées à l’inflation mais aussi par l’ampleur de la reprise économique qui change le rapport de forces. Quoique les augmentations soient modérées par rapport à l’inflation, elles lui sont en moyenne supérieures.

Dans le secteur de la métallurgie, la vigueur de la mobilisation syndicale permet d’obtenir un accord de branche de haut niveau, c’est-à-dire aligné sur le secteur des industries des techniques métallurgiques et non sur le secteur le moins disant de la branche. Quoique les négociations se soient faites secteur par secteur, on voit resurgir un accord de branche de la métallurgie qui ne soit pas un minimum servant davantage à limiter les augmentations dans les autres secteurs.

Cela a permis à d’autres branches de formuler des revendications d’augmentations importantes sans remettre en cause le rôle dirigeant de la métallurgie. C’est ainsi que le secteur du commerce revendique initialement la même hausse que le secteur des industries des techniques métallurgiques, ce qui ne s’était plus vu depuis longtemps. Le caractère limité des augmentations obtenues dans la branche du commerce, inférieures à l’inflation pour la première fois, remet en cause son rôle dirigeant pour les branches à dominante employée, déjà en partie affaibli.

La signature d’un accord triennal dans la branche du transport, qui contient des augmentations salariales très importantes du fait des pénuries de main-d’œuvre dans le secteur, remet toutefois en cause non seulement le rôle dirigeant du commerce dans les branches à dominante employée, mais aussi la solidarité syndicale interbranches puisque l’accord interdit à la branche du transport de participer à des mouvements revendicatifs sur les salaires pendant les trois prochaines années. Ce principe de solidarité syndicale qui, pendant longtemps, a limité les écarts d’évolution entre les branches était déjà mis à mal depuis des années. Il apparaît aujourd’hui clairement que des branches en font leur deuil.

Kevin GUILLAS-CAVAN*

Sources :

Adam G. (2019), « Gestaltungswirkung durch die Lohnpolitik der Kollektivverträge in Österreich », Présentation au colloque « Personal als zentraler Wettbewerbsfaktor », 26 septembre, Linz, https://bit.ly/3qaO15Q.

Bunke C. (2019), « Solidarische Instrumente », Arbeit & Wirtschaft, n° 3, 7. April, p. 1‑3, https://www.arbeit-wirtschaft.at/solidarische-instrumente/.

Dufour C. (2003), « Autriche : les retraites et le partenariat social mis en cause », Chronique internationale de l’IRES, n° 83, juillet, p.  3‑8, https://bit.ly/3iHV2qt.

Fritzer F., Prammer D., Salish M., Schneider M., Sellner R. (2021), « Kräftige Konjunkturerholung bei gleichzeitig hoher Unsicherheit über Effekte der Omikron-Mutante auf die Wirtschaft », Gesamtwirtschaftliche Prognose der OeNB für Österreich 2021 bis 2024, Dezember, https://www.oenb.at/Presse/20211222.html.

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*Chercheur à l’Ires.

 

[1].  Les différentes prises de position de l’AK évoquent principalement les accords de branche sur les salaires pour dénoncer leur non-respect. À côté de ces prises de position liées à des cas qui ont récemment défrayé la chronique dans les secteurs du nettoyage et de l’intérim, le terme d’accord salarial de branche est employé dans des communiqués revendiquant la mise en place d’emplois publics et d’utilité publique rémunérés au niveau prévu par les accords de branche pour les chômeurs de longue durée. Seul un communiqué de presse contient des revendications salariales précises, mais qui ne concernent que le secteur du nettoyage.

[2].  En 2020, la branche du commerce emploie 501 867 salarié∙es, dont 378 204 employé∙es et 102 103 ouvriers et ouvrières de la logistique qui sont réparti∙es dans 33 434 entreprises. Ces deux catégories de main-d’œuvre sont couvertes par des accords différents, négociés par des fédérations syndicales distinctes. Dans la suite et conformément à la pratique autrichienne, quand nous faisons référence à l’accord de la branche du commerce, il s’agit de l’accord de branche des employé∙es du commerce qui sert de référence aux autres branches à dominante employée. La branche du commerce comprend 21 secteurs, correspondant à autant de fédérations patronales.

[3].  Dans la même catégorie que l’Autriche, l’OCDE place aussi le Danemark, la Norvège, la Suède, les Pays-Bas et l’Allemagne ainsi que la Finlande depuis 2015. L’OCDE distingue en outre les systèmes peu centralisés et essentiellement coordonnés (France, Italie, Espagne entre autres) où les négociations de branche prédominent (encore) mais sans coordination forte, les systèmes essentiellement centralisés et coordonnés où les dérogations au niveau de l’entreprise sont limitées (Belgique et Finlande entre autres), les systèmes fortement décentralisés où la négociation collective a essentiellement lieu au niveau de l’entreprise, mais où il existe une forme de coordination des négociations d’une entreprise à l’autre (par exemple l’Australie et Japon avec son système du shunto), enfin les systèmes fortement décentralisés où les négociations ont lieu exclusivement au niveau de l’entreprise, sans coordination et sans influence du gouvernement (ou une influence très limitée) (Canada, États-Unis, Pologne, République tchèque, Royaume-Uni).

[4].  Avant la pandémie de Covid-19, le dernier accord de ce type datait de 1969 et portait sur l’instauration de la semaine de 40 heures. Les dispositions relatives à l’organisation du travail pendant la pandémie ont été réglées par divers contrats collectifs généraux.

[5].  46 % des salarié·es des anciens Länder de l’Ouest et 34 % sur le territoire de l’ex-RDA en 2019 (Kahmann, 2021:7).

[6].  Dans le secteur public, la Gewerkschaft öffentlicher Dienst (GÖD, fédération syndicale du service public) négocie directement avec le gouvernement selon d’autres critères et sans référence (du moins explicite) aux négociations du secteur privé.

[7].     En 2000, avec le Gewerkschaft Textil, Bekleidung, Leder (TBL, syndicat du textile, du vêtement et du cuir), en 2006 lors de la grande vague de fusions qui a touché l’ensemble de l’ÖGB (voir supra ou pour plus de détails, Guillas-Cavan, 2017) avec le Gewerkschaft Agrar-Nahrung-Genuss (ANG, syndicat de l’agroalimentaire), puis en 2009 avec le Gewerkschaft der Chemiearbeiter (GdC, syndicat des ouvriers de la chimie).

[8].     Les entreprises d’approvisionnement de chaleur (ou de froid) correspondent aux entreprises gestionnaires de réseaux urbains de chauffage ou de climatisation, particulièrement développés en Autriche. Ces réseaux urbains de chauffage sont souvent liés à des unités de biomasse, de méthanisation ou à des centrales thermiques dont ils récupèrent la chaleur produite lors de la production d’électricité.

[9].     Par souci de clarté en français et pour éviter la confusion avec les fédérations syndicales, nous qualifions de « secteurs » les différentes industries correspondant à une fédération patronale (Verband) et de « branches » les regroupements de secteurs au niveau desquels sont traditionnellement signées les conventions collectives (Kollektivvertrag).

[10].   La FMTI regroupe depuis 2017 la Fachverband der Maschinen- und Metallwarenindustrie (FMMI, fédération de l’industrie des machines et des biens manufacturés métalliques) et la Fachverband der Gießereiindustrie (fédération de la sidérurgie).

[11].   L’Autriche a été particulièrement affectée par la crise économique liée à la pandémie de Covid-19 avec une baisse du PIB de 6,7 %, ce qui en fait un des pays les plus touchés. Cette récession dépasse de loin tout ce que le pays avait connu depuis la seconde guerre mondiale. Ainsi, la crise financière de 2009 ne s’était traduite « que » par un recul de 3,8 % du PIB. L’industrie manufacturière et le commerce avaient été relativement moins touchés, connaissant respectivement un recul de 5,6 % et de 4,2 % du PIB : « Corona-Krise führte 2020 zu historischem BIP-Einbruch in Österreich », Der Standard, 28. September 2021, https://bit.ly/34ROt1k.

[12].   Il faut dire qu’en 2020, l’activité a reculé de 40 % dans le secteur : voir Der Standard, ibid.

[13].   « Der aktuelle Stand der Corona-Impfung », Der Standard, 7. März 2022, https://bit.ly/3CMC9fi.

[14].   Chiffres corrigés des variations saisonnières. Les données de l‘Arbeitsmarktservice (Service du marché du travail, AMS ; l’équivalent autrichien de Pôle emploi) donnent à voir la même dynamique, quoique moins marquée. Le taux de chômage de l’AMS passe ainsi de 11,4 à 8,1 % sur la même période. Les chiffres de l’AMS sont toujours plus élevés que ceux du BIT car ils incorporent les personnes enregistrées à l’AMS mais n’ayant pas retrouvé d’emploi, qu’elles continuent à chercher activement un emploi ou non.

[15].   Les seules exceptions sont les métiers de comptable et d’expert-comptable, de technicien et d’ingénieur en traitement de données. Pour la liste complète, voir : https://bit.ly/3u42Vfg.

[16].   R. Bruckner, N. Dworak, « Warum Betriebe Ergreiferprämie für fähige Köpfe zahlen », Der Standard, 5. Februar 2022, p. 20, https://bit.ly/36vEVtq.

[17].   V. Kainrath, « Kampf um Lehrlinge: Wie es Jugendlichen in der Krise geht », Der Standard, 10. September 2021, https://bit.ly/3L8XsuD.

[18].   L’orientation apparaît notamment comme un problème, puisque plus de la moitié des candidatures se concentre sur trois professions au détriment des autres : BKasper, « Lehrstellen fehlen, nicht BewerberInnen », ÖGB, 30. März 2021, https://bit.ly/3Iip3HG.

[19].   V. Kainrath, op. cit.

[20].   La valeur débattue est celle de l’inflation de l’année qui s’est pratiquement écoulée au moment où s’ouvrent les négociations (2021 dans le cadre de cet article) et non l’inflation anticipée de l’année suivante où s’appliqueront les accords.

[21].   L’AK, la WKÖ sont représentées au Conseil de surveillance de cet institut aux côtés de représentantes et représentants de l’État ainsi que de personnalités scientifiques.

[22].   A. Szigetvari, « Wer fürchtet die Lohn-Preis-Spirale ? », Der Standard, 13. November, p. 18, https://www.pressreader.com/austria/der-standard/20211113/281758452532432.

[23].   L. Ungerboeck, « Inflation bringt Metaller unter Erfolgsdruck », Der Standard, 21. Oktober, p. 21, https://bit.ly/37DBb9I.

[24].   A. Szigetvari, op. cit.

[25].   A. Szigetvari, op. cit..

[26].   « Metaller wollen ein Stück vom Kuchen », Die Wiener Zeitung, 3. November 2021, https://bit.ly/3CMIk2Y.

[27].   Il y a aussi eu des menaces de grèves lors des négociations de 2018, mais celles-ci n’ont pas été suivies d’effets et un accord a été trouvé. Voir à ce sujet, A. Staudacher, « Metaller-Streik: Die längsten Arbeitsniederlegungen gab es 1962 », Kurier, 9. November 2018, https://bit.ly/3wjjwhI.

[28].   Voir le communiqué de presse du PRO-GE du 9 novembre 2021, « Vier weitere Abschlüsse für einen einheitlichen Metaller-KV », https://bit.ly/3wmx2ky.

[29].   Ibid.

[30].   « Lohnstreit im HandelKV-Verhandlungen abgebrochen », Heute, 12. November 2021, https://bit.ly/3id2Y2G.

[31].   « Einigung auf neuen Handels-KV », ORF, 23. November 2021, https://orf.at/stories/3237595/.

[32].   Voir les synthèses des accords faites par la WKO : https://bit.ly/3Ij1uyo.

[33].   « Fachkräftemangel: KV-Löhne für Lkw-Fahrer steigen um rund 5 Prozent », Der Kurier, 11. November 2021, https://bit.ly/3L95Zh9.