Version mobile du site Ires.fr à venir
A


Actualités
Partager

Etudes des Organisations Syndicales : Les métropoles comme enjeu syndical juin 2020

Les organisations syndicales, et plus précisément leurs instances interprofessionnelles territoriales (unions départementales, locales...), peuvent-elles être considérées comme des acteurs concrètement impliqués dans la fabrique des politiques urbaines ? C’est à partir de cette question a priori surprenante que l’équipe de recherche a mené une enquête comparée sur cinq territoires « métropolitains » : les métropoles de Lyon, Marseille et Bordeaux, et deux coopérations d’échelle métropolitaine, à Belfort-Montbéliard et Nantes-Rennes.
Cette enquête démarre sur un constat simple : penser le rôle « territorial » des organisations syndicales en France n’a rien d’évident. L’histoire, les mutations et les difficultés des syndicats ne les positionnent pas comme des acteurs évidents de la « gouvernance territoriale ». Toutefois, plusieurs processus invitent à situer les enjeux territoriaux au cœur de l’agenda syndical : les récentes réformes de décentralisation qui confient toujours plus de compétences en matière de politiques économiques aux métropoles ; les expériences nord-américaines d’alliance entre syndicats de travailleurs et mouvements sociaux urbains, censées répondre aux difficultés de l’action syndicale ; les revendications urbaines portées par des mobilisations extérieures au champs syndical mais qui recoupent largement des enjeux de réponse aux besoins sociaux (conditions de travail, de transport, justice sociale).
Dès lors, les cinq monographies réalisées permettent d’insister sur trois résultats principaux. Premièrement, le « fait métropolitain » en France ne saurait être résumé à l’avènement d’institutions locales surpuissantes et totalement alignées sur un agenda néolibéral. Dans chaque territoire, on observe des configurations très hétérogènes : des leaderships politiques variables, une présence patronale polymorphe et parfois peu évidente, des politiques publiques souvent limitées à une mutualisation de services ou à la captation de financements. En cela, les métropoles ou instances métropolitaines que nous avons observées ne diffèrent pas fondamentalement des intercommunalités plus classiques. Toutefois, en se penchant sur la fabrique des politiques métropolitaines, il faut constater que les agents administratifs et de nombreux élus considèrent les « besoins des chefs d’entreprise » comme une des priorités incontournables de l’action publique locale.
Deuxièmement, les organisations syndicales sont, sans surprise, les grands absents des jeux d’acteurs qui sous-tendent la production des politiques métropolitaines. Plus qu’un évitement, c’est leur invisibilité qui pose question : les élites politiques, administratives, patronales ne les considèrent jamais comme des acteurs pertinents pour prendre part à la construction des politiques publiques. De leur côté, les organisations syndicales ont énormément de mal à se penser et se vivre comme des acteurs « territoriaux » – l’entreprise et la branche restant les espaces de référence de l’action. Toutefois, les enquêtes révèlent de multiples modes d’intervention et d’existence, parfois très discrets, dans la production des politiques locales. Le cas de Bordeaux permet ainsi d’observer une forme concrète d’action syndicale portant explicitement sur la fabrique des politiques locales, s’appuyant sur une alliance (fragile) avec des acteurs associatifs.
Troisièmement, les résultats de recherche amènent à questionner l’hypothèse d’une « territorialisation » plus affirmée de l’action revendicative syndicale. L'étude ouvre des pistes de débat et d’action autour de deux questions centrales : les organisations syndicales ont-elles intérêt à affirmer leur capacité à élaborer des propositions d’orientation de l’action publique locale ? En quoi peuvent-elles devenir des agents de « démocratisation » de la gestion des affaires publiques territoriales ?

Télécharger l'étude

En bref...