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Trajectoires et insertions des personnes très éloignées de l’emploi (TiPEE) ( 2017)

Julie COURONNE, Léa LIMA, Frédéric REY, Barbara RIST, Nicolas ROUX

La dégradation des conditions d’emploi depuis 2008 a touché les populations qui étaient déjà les plus fragiles sur le marché de l’emploi : les jeunes, les personnes peu diplômées, précaires ou en sous-emploi ont payé un lourd tribu à la « crise ». En 2014, le COE considère qu’environ 2,2 millions de personnes en France seraient « durablement éloignées de l’emploi ». Depuis 2008, le nombre de demandeurs d’emploi de longue durée (DELD) a doublé et un million de personnes supplémentaires sont devenues « pauvres » de 2004 à 2014 (50% et moins du revenu médian). Dans ce contexte particulièrement défavorable aux populations les plus fragiles, les systèmes collectifs de protection et de redistribution continuent de fonctionner. Cependant, en quelques décennies la société s’est profondément individualisée et a transféré de plus en plus de responsabilités aux personnes, qu’il s’agisse de leur emploi, de leur « employabilité » (formation, mobilité, santé). Dans ce contexte, on note une montée en puissance de l’accompagnement comme politique publique, défi collectif et pratique de l’intervention sociale.

L’étude TiPEE porte sur les représentations et les pratiques de l’accompagnement des personnes éloignées de l’emploi. Elle saisit l’accompagnement « poussé dans ses retranchements », mis à l’épreuve. Elle met en lumière les difficultés vécues lors des situations d’accompagnement, mais également les réussites et les solutions imaginées sur le terrain pour les surmonter.

L’un des points communs aux cinq terrains d’enquête est la perpétuelle interrogation dans laquelle se trouvent les acteurs. La réflexivité est constitutive d’une pratique mise au défi de ses « publics ». Il y a une nécessité pour ces dispositifs de s’inscrire dans une dynamique expérimentale. L’étude interroge également la notion d’éloignement à l’emploi, qui est à la fois relative, individuelle et collective. Un autre enseignement transversal tient à la diversité des formes d’accompagnement. S’entremêlent, dans la relation d’accompagnement, des types de relations de service, interpersonnelles et parfois de travail. Ces trois types relations se combinent, coexistent et constituent des relations d’accompagnements à chaque fois différentes. Le temps et la durée, les pratiques innovantes et la réflexivité permanente sont alors les conditions nécessaires à la recherche des solutions d’accompagnement.
L’étude repose sur une enquête de terrain associant des observations et le recueil des témoignages de 85 personnes accompagnées et accompagnantes, représentant plus de 150 heures d’entretiens. Cinq monographies constituent le cœur de l’étude : un chantier d’insertion expérimental et post-urgence (Bric-à-Brac), le service public de l’emploi (Pôle Emploi), une association de bénévoles (SNC), un chantier d’insertion par le numérique (Web), et une entreprise solidaire (Travail et Solidarité). Cinq organisations nationales ont également été rencontrées pour un échange sur leurs politiques à destination des personnes éloignées de l’emploi : Coorace, la Croix Rouge Française, Emmaüs France, le Secours Populaire Français et SNC.

En bref...