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Le coût du capital : entre pertes et détournement de richesses. Mieux saisir le capital pour en mesurer le coût pour la société (juin 2017)

Florian BOTTE, Laurent CORDONNIER, Thomas DALLERY, Vincent DUWICQUET, Jordan MELMIES, Franck VAN DE VELDE

Dans ce rapport, les chercheurs du Clersé, membres de l’Université Lille 1 ou de l’université du Littoral-Côte d’Opale, poursuivent trois directions complémentaires qui visent à mieux saisir le coût du capital, de manière à mettre au jour les pertes de richesse qu’il engendre.
D’abord, ils proposent d’affiner leur indicateur de coût du capital, celui développé dans le cadre d’une précédente recherche. En effet, en plus des intérêts et dividendes élevés dont les entreprises doivent s’acquitter, les rachats d’actions et l’accumulation d’actifs financiers alourdissent le coût du capital et éloignent les entreprises de leur rôle traditionnel en matière d’investissement productif. Ce dernier reste trop largement atone malgré les exonérations de cotisations sociales et autres crédits d’impôts successifs accordés par les différents gouvernements pour tenter de le ranimer.
Ensuite, pour tenter de saisir la mesure des pertes de richesse que la financiarisation occasionne, les chercheurs du Clersé mobilisent deux méthodes complémentaires de projection dans un monde définanciarisé. La première suggère, à l’aide d’un scénario rétrodictif assis sur les données de la Comptabilité nationale, que la suppression des dividendes à partir de 2010, si les profits ainsi libérés s’étaient transformés intégralement en investissement, aurait permis de générer cinq millions d’emplois en cinq ans. La deuxième méthode mesure l’impact d’une définanciarisation dans un modèle macroéconomique. Cette modélisation montre que certes les dividendes ne sont pas seuls en cause dans la persistance du chômage, mais qu’une politique volontariste sur l’emploi nécessite également de s’attaquer aux structures mêmes du capitalisme financier, que ce soit en modifiant la gouvernance des entreprises (décisions sur l’utilisation des profits) et/ou la politique économique des États (adoption d’une politique de relance).
Enfin, les chercheurs étudient la rente foncière et ses effets sur les entreprises. L’envol des prix immobiliers constitue aussi un frein potentiel à l’investissement (demande globale amoindrie, renchérissement du coût de la croissance...). Rente foncière et rente financière peuvent donc se renforcer l’une l’autre, pour freiner les entreprises dans leur développement.
Face à ces défis, de nombreuses pistes de réforme peuvent être évoquées, certaines agissant sur le coût du capital, d’autres sur la gouvernance des entreprises, d’autres enfin sur le fonctionnement du marché immobilier. Toutes cherchent à desserrer les freins qui ralentissent l’investissement pour renouer avec le plein-emploi.